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Les glomérulopathies existent-elles aussi chez le chat ? Quelle est leur présentation clinique ? Quel est leur pronostic ?
Les maladies affectant le glomérule rénal sont bien étudiées chez le chien, mais restent moins caractérisées chez le chat. Dans cet article, nous présentons une étude récente menée dans le but d’approfondir nos connaissances sur ce groupe hétérogène de pathologies rénales.
Figures 1 et 2. Aspect histologique (coloration PAS) et microscopie électronique d’une glomérulonéphrite membraneuse chez un chat (avec l’aimable autorisation du Pr. Luca Aresu).

Une étude récente publiée dans le Journal of Veterinary Internal Medicine (JVIM) par l’équipe du Professeur Segev (The Hebrew University of Jerusalem, Rehovot, Israël), intitulée « Clinical findings, prognostic factors, and outcome of protein-losing nephropathy in cats: A retrospective study », a tenté de répondre à ces questions. L’article est disponible en ligne à l’adresse suivante : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jvim.17240.
Cette étude rétrospective avait pour objectifs principaux :
- Identifier les anomalies biologiques typiques associées à ces pathologies.
- Déterminer les facteurs pronostiques potentiels.
- Analyser les liens entre les paramètres cliniques, biologiques et les traitements avec la survie à court et long terme.
- Évaluer l’impact de la réponse au traitement sur la survie et le pronostic.
Matériaux, méthodes et résultats
Les chercheurs ont passé en revue les dossiers médicaux de chats présentant une protéinurie sévère (RPCU >2), en excluant ceux avec un sédiment urinaire actif ou inflammatoire. L’étude s’est déroulée sur une période de 15 ans (2009-2023), et a recueilli des données sur le signalement, l’anamnèse, les signes cliniques, les analyses biologiques, l’imagerie, les traitements administrés et la survie des patients.
Parmi un nombre initial plus important, 37 cas bien documentés ont été retenus. Les chats étaient majoritairement de race européenne à poil court, avec un âge médian de 3 ans (entre 1,5 et 11,5 ans). Aucun facteur signalement n’était associé à la survie.
Survie
- 68 % des chats ont survécu jusqu’à leur sortie de l’hôpital.
- 57 % étaient toujours en vie à 30 jours.
- La médiane de survie était de 424 jours (de 1 à 5090 jours).
- Parmi ceux ayant un suivi à long terme, 50 % ont survécu plus d’un an après le diagnostic.
Signes cliniques
Les symptômes les plus fréquents étaient :
- Léthargie (57 %), œdème (46 %), perte de poids progressive, anorexie/dysorexie, polyurie/polydipsie, vomissements.
- Plus rarement : fièvre, diarrhée ou lésions cutanées.
Les chats présentant des œdèmes/effusions avaient une meilleure survie à court terme.
Analyses biologiques, maladies infectieuses et comorbidités
Les anomalies de laboratoire les plus fréquentes étaient les suivantes : hypocalcémie totale dans 95 % des cas (probablement due à l’hypoalbuminémie, le calcium total étant largement représenté par l’albumine circulante), augmentation de l’urée dans 89 % des cas, suivie par l’hypoprotéinémie, l’augmentation de la CK, l’hypoalbuminémie, l’anémie. La créatinine est augmentée dans 73 % des cas.
Une corrélation potentielle avec le pronostic à court terme a été mise en évidence pour l’AST, l’urée, le phosphore, la glycémie et le calcium sérique. Comme attendu, l’hypoalbuminémie était plus fréquente chez les chats présentant des œdèmes.
Une créatininémie élevée à l’admission était associée à un pronostic défavorable à long terme.
De manière surprenante, la présence de maladies infectieuses ne semblait pas influencer négativement le pronostic, que ce soit à court ou à long terme.
Enfin, certaines comorbidités ont été identifiées comme cause ou conséquence possible de la maladie rénale : une pancréatite ou un œdème pancréatique dans 46 % des cas, une myocardiopathie dans 10 % des cas, ainsi que d’autres affections plus rares.
Une échographie abdominale a été réalisée dans 97 % des cas. Les résultats les plus fréquemment observés étaient la présence d’un épanchement abdominal, une néphromégalie, un épaississement cortical et une réduction de la distinction cortico-médullaire.
Traitement et réponse aux thérapies administrées
Les chats hospitalisés, au nombre de 28, ont reçu un traitement intensif incluant des perfusions intraveineuses (96 %), du plasma frais congelé (21 %) et des concentrés de globules rouges (18 %).
En outre, tous les patients ont bénéficié de thérapies « spécifiques » en raison d’une suspicion de glomérulopathie ou de glomérulonéphrite. Plus précisément : des traitements immunosuppresseurs dans 73 % des cas (27/37), une prise en charge antiprotéinurique dans 68 % des cas (25/37) et une thérapie antithrombotique ou thromboprophylactique dans 62 % des cas (20/37).
Concernant la thérapie immunosuppressive, les médicaments les plus fréquemment utilisés étaient les corticostéroïdes et le mycophénolate. Quatorze chats ont reçu un seul immunosuppresseur, tandis que treize ont été traités par une association de deux agents. Aucun animal n’a reçu plus de deux médicaments immunosuppresseurs.
Pour ce qui est de la thérapie antiprotéinurique, les traitements les plus couramment administrés comprenaient des inhibiteurs de l’ECA, tels que le bénazépril (14 chats) et l’énalapril (6 chats), ainsi que des bloqueurs des récepteurs de l’angiotensine II, principalement le télmisartan, administré dans 20 % des cas.
Enfin, parmi les médicaments antithrombotiques les plus utilisés figuraient le clopidogrel, l’aspirine, l’énoxaparine et le rivaroxaban. La majorité des chats (18) ont reçu un seul médicament, tandis que les 2 restants ont bénéficié d’une thérapie combinée.
La réponse au traitement a été évaluée en fonction de l’évolution du rapport protéines/créatinine urinaire (RPCU) lors du suivi, avec 36 % des chats (11/31) atteignant une rémission partielle (RP) ou complète (RC). Plus précisément, la rémission était plus fréquente chez les chats traités par une association d’immunosuppresseurs et d’antiprotéinuriques. De plus, chez tous les chats en rémission, une amélioration significative de l’albuminémie a été constatée, avec une réduction simultanée de l’œdème (5/8 chats). Par ailleurs, l’hyperazotémie s’est résolue chez 60 % des chats concernés (3/5).
Un fait important de cette étude : une réponse complète ou partielle au traitement était significativement associée à une survie prolongée, tant à court qu’à long terme.
Ces données indiquent donc, comme prévu, que l’obtention d’une réponse thérapeutique améliore considérablement le pronostic. Débuter rapidement le traitement et évaluer objectivement la réponse clinique dans les 30 premiers jours semble être la meilleure stratégie pour fournir une estimation pronostique aux propriétaires de ces chats.
Figures 3 et 4. Aspect histologique (coloration PAS) et microscopie électronique d’une glomérulonéphrite membranoproliférative chez un chat (avec l’aimable autorisation du professeur Luca Aresu).

Discussion
Les résultats de cette étude montrent que les glomérulopathies félines peuvent se manifester sous différents tableaux cliniques : l’un caractérisé par une hypoalbuminémie sévère avec un œdème, et l’autre associé principalement à une altération progressive de la fonction rénale avec hyperazotémie.
Dans certains cas graves, ces tableaux peuvent se combiner. La distinction entre ces formes cliniques semble cliniquement pertinente, car les chats présentant un œdème sans hyperazotémie avaient une meilleure chance de survie et de réponse au traitement.
L’apparition d’un œdème pourrait constituer un signe précoce de glomérulopathie ou glomérulonéphrite, pouvant être identifié avant que la perte des néphrons ne devienne irréversible.
À l’inverse, les chats atteints d’une hyperazotémie marquée présentent souvent une atteinte rénale plus avancée, limitant ainsi les options thérapeutiques disponibles.
Dans l’ensemble, la réduction significative de la protéinurie reste un facteur pronostique positif, les chats présentant une diminution importante de l’UPC ayant une survie prolongée.
Limites de l’étude
Le principal point limitant de cette étude réside dans l’absence de biopsies rénales pour la majorité des cas, ce qui a empêché une classification précise du type de maladie glomérulaire. D’autres limites incluent la nature rétrospective de l’étude et le faible nombre de sujets inclus.
Conclusions
Les glomérulopathies chez le chat sont des affections de pronostic variable, mais l’obtention d’une rémission de la protéinurie améliore considérablement la survie. En particulier, les chats présentant une hypoalbuminémie sévère et un œdème, mais sans hyperazotémie, semblent mieux répondre au traitement que ceux souffrant d’une insuffisance rénale avancée.
Une détection précoce de la glomérulopathie et l’instauration rapide d’un traitement adapté, incluant les immunosuppresseurs et les antiprotéinuriques, peuvent significativement améliorer l’évolution clinique.
Figures 5 et 6. Aspect histologique (coloration PAS) et microscopie électronique d’une amylose rénale chez un chat, avec accumulation de substance amyloïde dans les glomérules (avec l’aimable autorisation du professeur Luca Aresu).

Commentaires
Les glomérulopathies félines sont des affections rénales rares comparées à leur prévalence chez le chien, où elles représentent probablement la principale cause de maladie rénale dans notre région. Bien que peu fréquentes chez le chat, elles existent et méritent d’être mieux connues.
Les données disponibles indiquent que, chez le chat, les glomérulopathies sont majoritairement associées à des glomérulonéphrites, en particulier à des glomérulonéphrites à complexes immuns (Rossi F, Aresu L, Martini V, Trez D, Zanetti R, Coppola LM, Ferri F, Zini E. Immune-complex glomerulonephritis in cats: a retrospective study based on clinico-pathological data, histopathology and ultrastructural features. BMC Vet Res. 2019 Aug 20;15(1):303. doi: 10.1186/s12917-019-2046-y. PMID: 31429743; PMCID: PMC6702729).
Toutefois, cette prévalence accrue des glomérulonéphrites ne doit pas conduire à négliger une approche diagnostique rigoureuse. Celle-ci doit inclure, en plus des analyses biochimiques et urinaires, une échographie abdominale, la recherche de maladies infectieuses et l’exclusion d’une infection urinaire. En dernier recours, la biopsie rénale avec évaluation histologique, histochimique et en microscopie électronique reste indispensable pour un diagnostic précis.
Le traitement des glomérulopathies félines est moins standardisé que chez le chien, mais repose sur trois étapes essentielles :
- Gestion de la cause sous-jacente, lorsqu’elle est identifiable.
- Mise en place d’une prise en charge dite « standard » des glomérulopathies.
- Initiation d’une thérapie immunosuppressive en cas de confirmation d’une glomérulopathie immuno-médiée.
Chez le chien, la prise en charge standard des glomérulopathies comprend :
- Un régime rénal, même en l’absence d’azotémie.
- Une supplémentation en acides gras polyinsaturés.
- L’administration d’inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) tels que l’énalapril, le bénazépril ou le télmisartan.
- L’ajout d’amlodipine (inhibiteur calcique) si le contrôle de l’hypertension reste insuffisant avec les inhibiteurs du SRAA.
- Une thromboprophylaxie au clopidogrel.
- D’éventuelles autres thérapies de soutien.
Chez le chat, ces recommandations sont souvent transposées, mais plusieurs points restent encore sujets à débat :
- L’utilité réelle d’un régime rénal chez un chat normo-azotémique mais protéinurique atteint de glomérulonéphrite.
- Le choix optimal de l’inhibiteur du RAAS, la nécessité d’une augmentation progressive de la dose et le moment opportun pour l’associer à l’amlodipine.
- La pertinence d’une thromboprophylaxie systématique au clopidogrel, comme chez le chien.
- L’usage fréquent de corticostéroïdes à dose immunosuppressive (ex. : prednisolone à 2 mg/kg BID) en cas de glomérulonéphrite immuno-médiée, alors qu’il n’existe pas de consensus clair sur les traitements de première et de seconde ligne, ni sur la durée optimale du protocole thérapeutique.
Malgré ces incertitudes, la prise en charge des glomérulopathies et glomérulonéphrites félines semble donner de bons résultats. De nombreux chats obtiennent une rémission complète, à condition que le traitement soit bien adapté et le suivi rigoureux.
Francesco Dondi, Docteur Vétérinaire, Expert MYLAV en Médecine Interne / Néphrologie et Maladies Infectieuses
Walter Bertazzolo, Docteur Vétérinaire, EBVS European Specialist in Veterinary Clinical Pathology (Dipl. ECVCP) ; Directeur Scientifique de MYLAV
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