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Voir l’invisible : le rôle de la microscopie électronique dans le diagnostic des animaux de compagnie
La médecine vétérinaire a connu des avancées remarquables au cours des dernières décennies, notamment dans le domaine de l’imagerie diagnostique.
Parmi ces innovations, la microscopie électronique se démarque comme un outil extrêmement performant, encore rarement utilisé dans la pratique diagnostique courante chez les animaux de compagnie, en particulier les chiens et les chats.
Grâce à sa résolution inégalée et à sa capacité à révéler des détails ultra-structuraux, la microscopie électronique apporte des informations importantes sur un large éventail de processus pathologiques, allant des infections virales aux maladies rénales, en passant par les néoplasies.
Dans cet article, nous explorons les applications, les avantages, les défis et les perspectives d’avenir de l’utilisation de la microscopie électronique pour l’évaluation diagnostique chez le chien et le chat.
Le microscope électronique de MYLAV :

Qu’est-ce que la microscopie électronique ?
La microscopie électronique est une technique qui utilise un faisceau d’électrons, au lieu de la lumière, pour visualiser des échantillons tissulaires. Elle permet d’atteindre une résolution bien supérieure à celle de la microscopie optique classique, jusqu’à l’échelle du nanomètre.
Il existe deux types principaux de microscopie électronique :
- Microscopie électronique en transmission (MET) : produit des images bidimensionnelles à très haute résolution en transmettant les électrons à travers des coupes ultra-fines de tissu. Idéale pour observer les structures intracellulaires.
- Microscopie électronique à balayage (MEB) : produit des images tridimensionnelles de surface en la scannant avec un faisceau d’électrons. Elle est surtout utilisée aujourd’hui dans la recherche pour étudier la morphologie et l’architecture des surfaces.
En diagnostic vétérinaire, c’est surtout la MET qui est utilisée, car elle permet de révéler des détails structuraux essentiels au diagnostic pathologique et virologique.
Applications diagnostiques chez le chien et le chat
Infections virales
La MET joue un rôle clé dans l’identification des virus dans les tissus, notamment lorsque les tests classiques (comme la PCR ou l’immunohistochimie) échouent ou ne sont pas disponibles.
Par exemple :
- Maladie de Carré (MC) : les inclusions dans les neurones ou les cellules épithéliales peuvent être confirmées par MET en visualisant les particules virales caractéristiques.
- Péritonite infectieuse féline (PIF) : le coronavirus responsable peut être observé à l’intérieur des macrophages, aidant à le différencier d’autres affections granulomateuses.
Néphropathies
Les maladies glomérulaires chez le chien et le chat nécessitent souvent une évaluation ultra-structurale pour une classification précise. Bien que la microscopie optique et l’immunofluorescence apportent déjà des informations, la MET est indispensable pour :
- Détecter la fusion des pédicelles podocytaires dans les lésions glomérulaires minimes.
- Identifier les dépôts immuns dans les glomérulopathies immunomédiées.
- Caractériser les altérations de la membrane basale observées dans les néphropathies héréditaires.
Diskynésie ciliaire
La diskynésie ciliaire primaire est une maladie congénitale provoquant des anomalies de mobilité ciliaire, entraînant des infections respiratoires chroniques. La MET permet la visualisation directe des défauts des bras de dynéine ou de la désorganisation des structures microtubulaires dans les cils. C’est le standard diagnostique pour cette affection chez le chien.
Maladies de surcharge et pathologies lysosomales
Certaines maladies métaboliques, comme les gangliosidoses, les mucopolysaccharidoses ou les céroïdes-lipofuscinoses neuronales, présentent des inclusions cytoplasmiques identifiables à la MET. Repérer des corps zébrés ou des inclusions membranaires aide à confirmer le diagnostic dans les cas suspects de troubles neurodégénératifs ou systémiques.
Néoplasies et caractérisation tumorale
Même si l’histopathologie et l’immunohistochimie restent les méthodes principales pour diagnostiquer les tumeurs, la MET peut apporter un niveau de détail supérieur dans les cas ambigus. Elle permet :
- De distinguer carcinomes, sarcomes ou tumeurs à petites cellules rondes mal différenciées en étudiant la structure des organites, des granules sécrétoires ou le schéma des filaments intermédiaires.
- D’évaluer la présence de fibres d’amiante dans les mésothéliomes ou d’autres formes néoplasiques.
Maladies dermatologiques complexes
Dans des cas de lupus, de pemphigoïde bulleuse ou d’autres dermatoses bulleuses auto-immunes, la MET peut révéler :
- Des altérations des jonctions dermo-épidermiques.
- La présence de dépôts électron-denses le long de la membrane basale.
- Des modifications ultra-structurales des kératinocytes.
Avantages de la microscopie électronique
- Résolution élevée : la MET permet de visualiser des structures cellulaires et subcellulaires (mitochondries, réticulum endoplasmique, pores) totalement invisibles au microscope optique, essentielles lorsque les altérations diagnostiques sont minimes.
- Rôle confirmatoire et complémentaire : elle intervient comme outil de confirmation lorsque l’histologie et l’immunohistochimie donnent des résultats incertains, complétant ainsi le diagnostic.
- Archivage : les échantillons analysés peuvent être conservés et utilisés ultérieurement comme références pour des études futures ou des comparaisons rétrospectives.
Limites et défis
Malgré son utilité, la MET est encore peu utilisée en diagnostic de routine chez les animaux de compagnie. Les principales limitations sont :
- Coûts et accessibilité
Les équipements sont onéreux et nécessitent un personnel technique hautement spécialisé. Seuls quelques centres ou laboratoires de recherche disposent de cette technologie. - Préparation des échantillons
La préparation est plus complexe qu’en histologie classique : les tissus doivent être fixés au glutaraldéhyde, inclus en résine, coupés en sections ultra-fines et colorés avec des métaux lourds (acétate d’uranyle, citrate de plomb). - Interprétation complexe
L’interprétation des images demande une expertise pointue ; des erreurs sont possibles si le pathologiste n’a pas une formation spécifique.
Depuis plusieurs années, le laboratoire MYLAV s’est équipé d’un microscope électronique en transmission, ce qui a permis de lancer des analyses ultra-structurales de routine dans différents domaines diagnostiques, notamment les biopsies rénales, le diagnostic de la diskynésie ciliaire primaire et l’étude approfondie de pathologies cutanées.
Cet investissement technologique, combiné à la spécialisation progressive de notre équipe technique, ouvre de nouvelles perspectives pour les vétérinaires, en offrant des possibilités diagnostiques avancées et en contribuant à améliorer la précision et la rapidité du parcours clinique et diagnostique.
Figure 1
Image MET d’une portion de glomérule, montrant un capillaire glomérulaire entouré de podocytes et soutenu par la matrice mésangiale.

Figure 2
Image MET d’une coupe transversale d’un cil respiratoire, montrant la structure centrale de l’axonème, composée de neuf doublets périphériques de microtubules et de deux microtubules centraux.

Luca Aresu, DMV, PhD, Université de Turin, Responsable du service d’histopathologie de MYLAV





