Vet Blog

La rhinite chez le lapin : démarche diagnostique et prise en charge
La rhinite, définie comme l’inflammation de la muqueuse nasale, est une affection fréquente chez le lapin de compagnie. Elle est souvent peu détectée par les propriétaires dans ses phases initiales, en raison du caractère discret des premiers signes cliniques.
Le lapin est un animal à respiration nasale obligatoire : même une inflammation modérée de la muqueuse peut entraîner une détresse respiratoire significative. Tout obstacle au flux d’air au niveau des narines est susceptible de provoquer une dyspnée. À titre d’exemple, un simple changement thermique brutal, lors du transport de l’animal de l’intérieur vers l’extérieur, peut suffire à déclencher un épisode de rhinite.

SIGNES CLINIQUES
Les principaux signes observables sont les suivants :
- Jetage nasal
- Éternuements
- Toux
- Bruits respiratoires anormaux, respiration sifflante
- Croûtes au niveau des narines
- Conjonctivite, jetage oculaire
- Douleur cervicale
- Tachypnée, dyspnée
- Léthargie, anorexie
Un signe indirect fréquemment observé est la présence de poils humides sur les membres antérieurs : lors de la toilette, le lapin utilise la face interne des pattes pour tenter d’éliminer le mucus s’écoulant des narines.
À l’examen clinique, il convient d’évaluer l’éventuelle atteinte des voies aériennes supérieures et/ou inférieures. L’auscultation permet de distinguer une obstruction des voies aériennes supérieures d’une affection pulmonaire.
CLASSIFICATION
La rhinite peut être classée en deux grandes catégories : infectieuse et non infectieuse.
Rhinite infectieuse
Le principal agent pathogène chez le lapin est Pasteurella multocida, une bactérie capable de se disséminer par voie hématogène et de provoquer une pneumonie, des abcès pulmonaires ou des infections à distance. Il est cependant important de souligner que P. multocida peut être isolée dans les voies respiratoires de lapins cliniquement sains.
Chez les lapins présentant un jetage nasal, P. multocida est la bactérie la plus fréquemment isolée. D’autres bactéries peuvent également être impliquées : Pseudomonas spp., Moraxella spp., Bordetella bronchiseptica, Escherichia coli et Staphylococcus spp. Les infections respiratoires hautes sont souvent polymicrobiennes ; l’association la plus fréquemment rapportée est la co-infection P. multocida et B. bronchiseptica.
Après traitement médical, certaines bactéries peuvent persister à l’état dormant, entraînant des rechutes et nécessitant une gestion pharmacologique à long terme.
En cours d’infection nasale, on peut observer des ulcérations de la muqueuse, une ostéomyélite et une destruction des cornets nasaux. Dans les formes sévères, l’infection peut progresser vers la trompe d’Eustache, l’oreille moyenne et l’oreille externe.
Les autres agents pathogènes, Mycoplasma spp., Chlamydia et les virus, jouent un rôle secondaire dans l’étiologie de la rhinite du lapin.
Rhinite non infectieuse
Les causes non infectieuses les plus fréquentes sont :
- Affections dentaires
- Néoformations
- Traumatismes
- Corps étrangers (le foin retenu derrière le voile du palais est une cause classique)
- Anomalies anatomiques
- Exposition à des allergènes ou à des produits chimiques
- Fumée de tabac, diffuseurs de parfums d’ambiance
- Litière souillée non renouvelée régulièrement (accumulation d’ammoniac urinaire)
En cas de suspicion de corps étranger ou d’atteinte du canal nasolacrymal, un lavage de ce dernier des deux côtés est recommandé afin d’évaluer le degré de dacryocystite associée, celle-ci pouvant contribuer au jetage nasal.
DÉMARCHE DIAGNOSTIQUE
La démarche diagnostique chez un lapin présentant une rhinite doit être structurée et progressive :
- Examen clinique complet
- Bilan hémato-biochimique et analyse d’urine
- Radiographie des cavités nasales (incidences : latérale, dorsoventrale, ventrodorsale, obliques droite et gauche)
- Rhinoscopie et endoscopie
- Examen bactériologique complet avec antibiogramme
- Examen cytologique
- Biopsies
- Tomodensitométrie (TDM) et/ou imagerie par résonance magnétique (IRM)
Dans la majorité des cas de rhinite, l’hémogramme et le bilan biochimique se situent dans les valeurs de référence. Une leucocytose avec inversion du rapport hétérophiles/lymphocytes (rapport d’environ 2:3) peut parfois être observée.
La TDM est particulièrement utile car elle permet une évaluation détaillée des sinus conchaux, des sinus maxillaires et des cavités nasales, avec une résolution bien supérieure à la radiographie standard.
Prélèvements respiratoires
Lorsqu’une infection bactérienne est le principal diagnostic différentiel, l’identification du ou des agents pathogènes est indispensable pour établir un diagnostic de certitude. La qualité du prélèvement conditionne directement la valeur diagnostique de la culture bactérienne.
Des écouvillonnages nasaux profonds sont recommandés : un prélèvement superficiel au niveau des narines externes identifie souvent des micro-organismes environnementaux sans valeur diagnostique.
La rhinoscopie est la technique de choix pour guider le prélèvement. Chez les lapins de grande taille, il est possible d’accéder jusqu’à l’entrée du rhinopharynx : l’écouvillon est introduit dans la narine sur environ 3 cm, en direction ventromédiale le long du septum nasal, tête inclinée vers le bas pour protéger les voies aériennes.
En alternative, un cathéter intraveineux en téflon ou un cathéter souple peut être utilisé pour réaliser un lavage à la solution saline stérile, suivi d’aspiration d’une faible quantité de liquide pour l’examen cytologique et la culture bactérienne. L’examen endoscopique peut être complété par des biopsies à la pince.
TRAITEMENT
Le traitement de la rhinite chez le lapin repose sur plusieurs axes complémentaires :
Traitement médical
- Antibiothérapie guidée par l’antibiogramme
- Anti-inflammatoires (AINS ou corticoïdes) en cas d’inflammation sévère
Traitement local
- Lavages nasaux au sérum physiologique
- Aérosolthérapie avec antibiotiques et anti-inflammatoires
- Lavages périodiques du canal nasolacrymal si celui-ci n’est pas obstrué
Traitement spécifique selon l’étiologie
- Meulage dentaire si la rhinite est associée à une malocclusion
- Trépanation des sinus nasaux dans les formes sévères réfractaires
La rhinite aiguë répond généralement bien au traitement médical. En revanche, les formes chroniques nécessitent une thérapeutique agressive et prolongée, associée à un suivi régulier du patient.
Recommandations environnementales
- Renouvellement fréquent de la litière
- Éviter les matériaux poussiéreux (sciure de bois)
- Nettoyage régulier des yeux et des narines par le propriétaire (plusieurs fois par semaine)
BIBLIOGRAPHIE
- Quinton JF, Lennox A, Guillon L, et al. Results of bacterial culture and sensitivity testing from nasolacrimal duct flushes in one hundred and three both healthy and clinically ill pet rabbits (Oryctolagus cuniculus). Intern J Appl Res Vet Med. 2014;12(2):107–120.
- Fisher P, Graham J. Rabbits. In: Carpenter J, Harms C (eds). Carpenter’s Exotic Animal Formulary, 6th ed. Elsevier, 2023:605–606.
- Lennox A, Mancinelli E. Respiratory Disease. In: Quesenberry K, Orcutt C, Mans C, Carpenter J (eds). Ferrets, Rabbits, and Rodents: Clinical Medicine and Surgery, 4th ed. Elsevier, 2021:188–200.
- Pellet S, Harcourt-Brown F, Pinborough M. Bacterial and fungal culture and sensitivity from rabbits presenting with nasal discharge. Proc Brit Small Anim Vet Assoc. 2016;553.
- Rougier S, Galland D, Boucher S, et al. Epidemiology and susceptibility of pathogenic bacteria responsible for upper respiratory tract infections in pet rabbits. Vet Microbiol. 2006;115:192–198.
Gustavo Picci, DMV, Expert MYLAV en clinique des nouveaux animaux de compagnie





