Vet Blog

Utilisation (appropriée) de la coloration cytochimique à la phosphatase alcaline (PAL) dans le diagnostic de l’ostéosarcome
La coloration cytochimique à la phosphatase alcaline (PAL, Alkaline Phosphatase – ALP) est de plus en plus utilisée dans les suspicions d’ostéosarcome chez le chien. Bien qu’elle constitue un outil diagnostique précieux et présente plusieurs avantages pratiques, elle est parfois mal exploitée. Voici quelques conseils pour la demander et l’interpréter correctement, afin d’éviter des résultats peu concluants.
Coloration PAL : de quoi parle-t-on ?
Il s’agit d’une coloration cytochimique simple, réalisable en quelques minutes, grâce à un colorant spécifique qui met en évidence le contenu enzymatique du cytoplasme.
Les cellules contenant de la PAL apparaissent plus sombres après coloration, tandis que les autres restent décolorées.
Ses principaux atouts sont son faible coût, sa rapidité… et surtout le fait qu’elle peut être réalisée directement sur des étalements déjà colorés pour l’examen cytologique standard. Cela permet de sélectionner au préalable les échantillons pertinents pour cette analyse complémentaire.
Quelles cellules sont positives ?
De nombreuses cellules peuvent contenir de petites quantités de PAL (par exemple certaines cellules épithéliales et les neutrophiles).
Parmi les cellules mésenchymateuses normales, seules les cellules ostéoblastiques, responsables de la production de matrice osseuse, présentent de fortes concentrations de PAL dans leur cytoplasme.
Cela explique pourquoi :
- Les ostéoblastes normaux ou réactifs sont toujours positifs.
- En pratique, on utilise souvent un frottis d’archive contenant de tels ostéoblastes comme contrôle positif de la réaction.
Mais attention : ce point amène directement à la limitation principale de cette technique.
La PAL ne distingue pas ostéoblastes normaux et ostéoblastes tumoraux
C’est la clé à retenir : la coloration PAL marque toutes les cellules d’origine ostéoblastique, qu’elles soient normales, hyperplasiques ou néoplasiques.
En clair, si vous cherchez à trancher entre un os réactif et un os tumoral, la PAL seule ne vous donnera pas la réponse : les deux seront positifs.

Quand et comment l’utiliser ?
- Étape initiale : toujours réaliser en premier lieu la cytologie standard et l’examen radiographique.
- Si la cytologie évoque clairement une production osseuse réactive, inutile d’ajouter la PAL : les cellules seront de toute façon positives.
- Cas suspect de tumeur mésenchymateuse osseuse :
- Si la cytologie montre une population atypique suspecte de tumeur osseuse, la PAL devient pertinente.
- Une positivité permettra alors de confirmer l’origine ostéoblastique des cellules et donc de conforter le diagnostic d’ostéosarcome.
- Autres tumeurs mésenchymateuses de l’os (chondrosarcome, hémangiosarcome, fibrosarcome, sarcome histiocytaire) : elles sont négatives à la PAL, ce qui aide à affiner le diagnostic lorsqu’on combine la coloration cytochimique et la cytologie standard.
Exemple pratique
- Ostéosarcome : cellules néoplasiques mésenchymateuses présentant de fines granulations sombres dans le cytoplasme après PAL → confirmation d’une origine ostéoblastique.
- Condrosarcome : absence de coloration sombre → élimine l’ostéosarcome et oriente vers un autre type tumoral.


Et chez le chat ?
La technique est validée chez le chien et recommandée par MYLAV. Des essais internes montrent qu’elle fonctionne aussi chez le chat, mais la fréquence plus faible des tumeurs osseuses félines nécessite davantage de cas pour une validation formelle.
En résumé, pour un usage optimal :
- Étape 1 – Suspicion clinique et radiographique de sarcome osseux :
réaliser d’abord cytologie standard et biopsie histologique (toujours recommandée pour confirmer et orienter la prise en charge thérapeutique). - Étape 2 – Cytologie non concluante pour une tumeur :
la PAL ne permettra pas de trancher. - Étape 3 – Cytologie montrant clairement une tumeur mésenchymateuse :
la PAL pourra confirmer ou non qu’il s’agit d’un ostéosarcome.
Dr Walter Bertazzolo, DMV, EBVS® European Specialist in Veterinary Clinical Pathology (Dipl. ECVCP)
Directeur scientifique MYLAV





