La pancréatite aiguë est une maladie inflammatoire grave du pancréas, caractérisée par un œdème, une hémorragie, une inflammation neutrophilique et une nécrose du parenchyme glandulaire et des tissus environnants. Cette maladie étant loin d’être rare et ayant un taux de mortalité élevé, un diagnostic précoce et précis est essentiel pour optimiser les interventions thérapeutiques.

Le diagnostic de la pancréatite aiguë n’est cependant pas toujours aisé : une revue publiée dans le prestigieux Journal of Veterinary Internal Medicine, rédigée par des experts internationaux renommés dans ce domaine, résume l’état des connaissances.

Tout d’abord, il est évident que le diagnostic de la pancréatite est complexe pour un certain nombre de raisons :

  1. les signes cliniques sont souvent non spécifiques et peuvent être confondus avec ceux d’autres maladies abdominales et/ou systémiques (par exemple, douleur, vomissements, diarrhée, choc, ictère, distension abdominale, etc.)
  2. Les tests de laboratoire de base montrent généralement des changements inflammatoires non spécifiques (par exemple, déplacement à gauche des neutrophiles, augmentation des protéines de phase aiguë, etc.), une augmentation des enzymes hépatobiliaires et un ictère (indiquant des lésions du parenchyme hépatique et une cholestase induite par l’inflammation pancréatique sur les voies biliaires extra-hépatiques), une azotémie (prérénale et rénale due au choc hypovolémique), des coagulopathies de consommation à des degrés divers (coagulation intravasculaire disséminée), etc.
    Aucune de ces observations ne peut garantir un diagnostic étiologique définitif.
  3. les enzymes pancréatiques utilisées historiquement (amylase et lipase) ont des valeurs de sensibilité et de spécificité insatisfaisantes : dans de nombreux cas, leur augmentation est modérée ou, si elle est associée à une azotémie, peut dépendre d’une réduction de l’excrétion rénale et non d’une véritable atteinte pancréatique.
    Seule une augmentation marquée (>3-5 fois la valeur supérieure de l’intervalle de référence) en l’absence d’azotémie peut être véritablement spécifique d’une inflammation pancréatique aiguë.
  4. l’imagerie de l’abdomen a montré une sensibilité insuffisante dans certaines études, de sorte qu’un résultat négatif ne permet pas d’exclure une pathologie inflammatoire aiguë du pancréas.
    Au cours des deux dernières décennies, plusieurs tests ont été introduits pour améliorer la sensibilité et la spécificité du diagnostic de la pancréatite.
    Des tests immunologiques permettant de détecter la lipase pancréatique spécifique et des tests biochimiques capables de mesurer la lipase DGGR (une variante biochimique de la lipase classique, qui présente toutefois une plus grande précision) ont été mis sur le marché. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur ces derniers, nous avons à disposition un document publié sur l’un de nos blogs précédents.
    Bien que nettement supérieures aux tests biochimiques classiques de la lipase et de l’amylase, ces nouvelles lipases ne permettent pas de diagnostiquer correctement tous les cas de pancréatite aiguë et, surtout, peuvent augmenter dans différentes pathologies, suite à une augmentation de l’azotémie ou à certains traitements pharmacologiques.

Enfin, l’application de la cytologie, qui n’est trop souvent pas utilisée par les cliniciens parce qu’elle est considérée comme dangereuse, est rapportée. Il est bien établi que le prélèvement cytologique du pancréas par aspiration à l’aiguille fine (FNA) n’est pas plus risqué que tout autre prélèvement de viscères abdominaux et peut être effectué sans trop de risques. En cas de lésions pancréatiques/péri-pancréatiques évidentes, une FNA échoguidée peut être extrêmement utile, pour deux raisons :

A) elle permet de distinguer un processus inflammatoire d’un processus néoplasique, qui peut parfois constituer un diagnostic différentiel de la pancréatite aiguë, même en cas d’imagerie.
B) en présence d’une inflammation neutrophilique, d’une nécrose et de calcifications graisseuses, la cytologie est compatible avec une pancréatite aiguë.

Figure 1 : Image inflammatoire neutrophilique, avec du matériel protéique et des gouttelettes de graisse, indiquant une stéatite graisseuse péripancréatique, chez un chien souffrant de pancréatite aiguë.
Figure 1 : Image inflammatoire neutrophilique, avec du matériel protéique et des gouttelettes de graisse, indiquant une stéatite graisseuse péripancréatique, chez un chien souffrant de pancréatite aiguë.

Cependant, il est clair qu’aucun test diagnostique clinique ou de laboratoire n’a une précision absolue.

Certains sont plus sensibles (par exemple les tests pour les lipases spécifiques du pancréas et la DGGR, qui ont des sensibilités >80-90%), mais souffrent d’une spécificité sous-optimale (c’est-à-dire qu’ils peuvent également augmenter dans des conditions autres que la pancréatite aiguë).

D’autres sont probablement plus spécifiques (par exemple, l’imagerie combinée à une biopsie cytologique), mais manquent de sensibilité.
Il est donc clair que, même aujourd’hui, le diagnostic définitif de pancréatite aiguë ne peut reposer sur une seule constatation, mais doit être étayé par de multiples résultats cliniques et de laboratoire.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, nous vous renvoyons à l’article récemment publié, disponible gratuitement en ligne (Cridge et al, Advances in the diagnosis of acute pancreatitis in dogs. J Vet Inter Med; 2021)

Walter Bertazzolo, Med. Vet. EBVS European Specialist in Veterinary Clinical Pathology (Dipl. ECVCP); Direttore Scientifico di MYLAV.